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  • June 25, 2017 12:00 am - June 25, 2017 12:00 am

[PRESSE] Rouen Terre d’Accueil, un combat en toute discrétion pour les réfugiés

Solidarité. L’association Rouen Terre d’Accueil aide plusieurs familles réfugiées en quête de stabilité. Les bénévoles comptent également sur une vente aux enchères, ce jeudi, pour poursuivre leur action.

 

Tout est né d’ne envie de « faire quelque chose pour les réfugiés ». C’est ainsi que, loin du champ médiatique, Rouen Terre d’Accueil œuvre au quotidien, sans gloire, pour permettre aux réfugiés de vivre dignement.

D’abord sous forme de collectif, un réseau de bonnes volontés est réactivé en 2015 à l’école élémentaire Laurent-de-Bimorel, dans le quartier Saint-Marc (suivra l’école Bachelet), où enseigne Séverine Brizard, qui joue le rôle de sentinelle de par son implication au sein d’une Unité pédagogique pour élèves allophones, nouveaux habitants à Rouen.

La situation alarmante de deux Yézidis d’Arménie, Chinar, 29 ans, et Armen, 35 ans, arrivés en mai 2015 avec leurs deux enfants, Angelina et Aram, incite ces bénévoles à passer à l’action.

Après sept mois à composer le 115 puis sept mois passés dans un logement du Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), la famille est contrainte de quitter son toit, sa demande d’asile ayant été déboutée.

« La fin de l’année scolaire 2016 arrivant, une chaîne de solidarité s’est mise en place, raconte Pierre Déchelotte, membre du collectif. L’association Welcome, qui s’occupe du logement d’urgence, est entrée en piste pour faire le bail d’un appartement à la Grand-Mare et payer les premiers loyers. »

Les aider surle long terme

En septembre 2016, la décision est prise de se structurer en association. Rouen Terre d’Accueil est officiellement née, avec un objectif : concentrer l’aide sur quelques familles souhaitant s’implanter à Rouen sur le long terme. Leurs finances permettent de payer le loyer de Chinar et Aram depuis octobre. « L’idée est qu’ils soient autonomes cet automne », poursuit Pierre Déchelotte, médecin au CHU et président de l’association. Cela passe par des papiers et un travail, les deux sont liés. L’autorisation de séjour temporaire (jusqu’en novembre) a été décrochée grâce à une promesse d’embauche aujourd’hui concrétisée : Armen a décroché un contrat de six mois pour travailler 25 h par semaine sur les marchés.

En Arménie, le couple élevait des vaches à la ferme familiale. Des menaces pour leur sécurité les ont poussés à fuir. « Avant de venir j’étais inquiète, raconte Chinar, dans un français encore hésitant. Mais aujourd’hui, je peux dire que c’était une bonne chose », dit-elle pudiquement pour ne pas évoquer les souffrances du début.

« Le plus dur est derrière nous. » Cette phrase, Chinar et Armen auraient pu la prononcer. Mais, elle est de Liana, Arménienne de 33 ans arrivée à Rouen avec son mari Hambardzum, 43 ans, et leurs deux – puis bientôt trois – enfants en février 2015. Avec ce grand sourire qui ne la quitte pas, Liana « voudrait dire merci tout le temps ».

En premier lieu à Pierre Déchelotte et sa femme Béatrice. Leur investissement pour les réfugiés a pris un tournant au printemps 2016. À l’époque, la famille arménienne vivote depuis plus d’un an, au gré des foyers et autres gymnases proposés par le 115. « Quand on voit les gens dans une détresse pareille on ne peut pas les laisser à la rue », souffle l’ancienne enseignante d’allemand.

Les deux familles apprennent à s’apprivoiser, sans crainte. « Si eux n’ont pas peur, alors nous non plus », résume Liana. « Ils avaient fait une demande de logement auprès de l’Œuvre normande des mères (ONM) mais les délais d’attente sont très longs, presque deux ans, rappelle le médecin devenu ami.Donc [au moment de les accueillir] on savait qu’ils finiraient par en avoir un. »

Depuis que la famille agrandie avec l’arrivée de Noé, 9 mois, a emménagé à Mont-Saint-Aignan, grâce à l’ONM, le 8 décembre dernier, « on a trouvé que c’était vide à la maison », sourit-il, avec une émotion certaine. « On est resté en contact, reprend sa femme. On se voit toutes les semaines et on s’appelle presque tous les jours. »

Désormais, Liana et Hambardzum espèrent trouver un travail, lui, le lutteur professionnel et professeur de sport dans son pays natal, elle jouant du violon. Ce qui les aiderait à obtenir une autorisation temporaire de séjour.

Rouen Terre d’Accueil suit également deux autres familles, des Arméniens et des Kosovars. Tout sauf un hasard. « Ils ne sont pas prioritaires pour les demandes d’asile car ils viennent de pays officiellement en paix, explique le président. Mais en réalité, il y a une grande désorganisation avec une criminalité forte et donc une insécurité importante. »

L’association et sa trentaine de bénévoles espèrent pouvoir maintenir le cap, tant son rôle, aux côtés des ONG et des structures d’État est indispensable. Déjà, deux nouvelles familles risquent de devoir quitter leur logement Cada sous peu. « Et il y en aura d’autres hélas au fil du temps », prédit Pierre Déchelotte.

 

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Crédit photo Stéphanie Péron